Les gens de Quraysh

(par Sheikh Yasîn Rushdi)

 

 

Les gens de Quraysh

Les notables de Quraysh se réunirent pour discuter de ce danger imminent qui menaçait à la fois leurs croyances, leurs intérêts et leur pouvoir. Ils devaient décider de la manière de lui barrer le chemin avant qu’il ne prenne des proportions inquiétantes. Ils décidèrent de lutter contre le Prophète Mohammad — paix et bénédictions sur lui — par la propagande, de manière à le rabaisser et à mettre en doute son statut de Prophète. Ils louèrent les services de quelques poètes qui se chargèrent de le dénigrer, de l’insulter et de railler son message.

Mais un groupe de poètes convertis à l’islam se chargèrent de leur répondre. Puis, les chefs de Quraysh firent courir la rumeur qu’il était un devin et qu’il n’allait pas tarder à disparaître comme bien d’autres devins avant lui. D’autres l’accusèrent de sorcellerie et d’autres enfin dirent qu’il avait été touché par un jinn (diable) et que ses adeptes n’allaient pas tarder à revenir à la religion de leurs ancêtres. Puis, ils commencèrent à lui demander d’accomplir des miracles, à l’instar de Moïse et de Jésus — (Paix sur eux).

 

Ainsi exigeait-on de lui de transformer les collines d’As-Safâ et d’Al-Marwah en or, ou de faire jaillir une source, ou de faire descendre du ciel un livre qu’ils puissent voir. D’autres poussèrent la moquerie jusqu’à lui demander le prix des marchandises dans l’avenir afin qu’ils puissent spéculer sur elles ! Tout cela avait cours alors qu’ils adoraient des idoles de pierre ou de bois, qui ne pouvaient leur apporter le moindre bien ni leur infliger le moindre mal, tout en prétendant qu’elles les rapprochaient de Dieu.

Il était alors tout à fait naturel que les versets de la révélation critiquent leurs actes et exigent de leur part d’apporter la preuve de la prétendue divinité des idoles qui sont absolument incapables de parler, de voir ou d’ouïr.

 

Estimant que cela constituait une insulte à leurs divinités, une atteinte au respect qui leur était dû, et une raillerie de la religion de leurs ancêtres, les polythéistes commencèrent à réfléchir sérieusement aux options qu’ils avaient face à cet homme qui s’attirait de plus en plus de fidèles parmi les gens empreints de droiture et de dignité, que ce soit parmi les commerçants et les notables de la Mecque, ou dans les rangs des faibles et des déshérités, tous sexes et tous âges confondus.

Ils se demandèrent : Quelle serait la situation si cet homme réussissait à convertir les Mecquois et à les détourner du culte des idoles ? La Mecque ne perdrait-elle pas son rang de capitale religieuse ? Son commerce ne stagnerait-il pas ? Les gens ne cesseraient-ils pas d’offrir des offrandes aux idoles ? Ne se détourneraient-ils pas de leurs assemblées libertines ?

 

Par conséquent, les notables constituèrent une délégation et allèrent se plaindre à son oncle, Abou Talib, qui n’avait pas embrassé l’islam, et lui demandèrent de faire en sorte que son neveu cesse d’insulter leurs divinités et qu’il arrête de prêcher son Message et de se prétendre prophète. Ils se rendirent donc auprès d’Abou Talib et lui dirent : « Ton neveu a insulté nos idoles, méprisé notre religion, dénigré nos rêves et jugé que nos ancêtres étaient dans l’égarement. Soit tu mets fin à ses offenses, soit tu ne t’interposes plus entre nous et lui. » Abou Talib les écouta avec patience et les renvoya avec élégance.

 

 

 

 

Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — continua à prêcher son message sans se fatiguer ni se lasser. Il donnait à ses adeptes un bel exemple de bonté, de miséricorde et de modestie. Il manifestait de l’affection, de l’aménité et de l’amitié envers les faibles et les indigents. La nuit, il se tenait longuement en prière récitant le Coran qui lui était révélé, et s’adressait à Dieu exclusivement L’invoquant et Le louant, ce qui augmenta la foi et la certitude de ses adeptes et renforça leur adhésion et leur intérêt pour leur religion.

Les chefs de la Mecque retournèrent voir Abou Talib et lui dirent : « Ô Abou Talib. Nous te respectons pour ton âge, ta noblesse et ton rang parmi nous. Mais nous t’avons déjà demandé de contenir ton neveu et de nous en préserver. Soit tu le contiens, soit nous vous mettrons au défi tous les deux jusqu’à ce que l’un des deux camps ait raison de l’autre. »

Cette histoire pesait beaucoup à Abou Talib car, d’une part, il n’approuvait pas ce que faisait son neveu, et, d’autre part, il ne pouvait pas le laisser pour compte. Que pouvait-il faire alors ?

 

Abou Talib demanda au Prophète Mohammad — paix et bénédictions sur lui — de venir et lui cita les propos des chefs de la Mecque, puis il lui dit : « Préserve moi et préserve toi, et n’exige pas de ma part plus que ce que je ne puis supporter. » Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — répondit : « Par Allah, s’ils mettaient le soleil dans ma dextre, et la lune dans ma sinistre, en échange de mon abandon de cette affaire, jamais je n’y consentirais jusqu’à ce qu’Allah la fasse éclater au grand jour ou que je périsse sans cela. »

Voyant l’attachement de son neveu à sa religion, et qu’il y tenait plus qu’à la vie, et constatant son désintéressement de la fortune de ce bas-monde, Abou Talib lui dit : « Va mon neveu, et dis ce qu’il te plaît. Jamais je ne t’abandonnerai à un sort que tu détestes. »

Ensuite, Abou Talib convoqua les Banou Hashim et les Banou Al-Mouttalib et les informa de la position des chefs de la Mecque et de la décision de son neveu, et leur demanda de protéger ce dernier, ce qu’ils acceptèrent de faire sauf Abou Lahab qui rallia le camp adverse et s’associa à leurs hostilités envers le Prophète — paix et bénédictions sur lui —.

 

Le Prophète Mohammad — paix et bénédictions sur lui — trouva en son clan un refuge contre les hostilités de Quraysh. L’affection de Dame Khadijah, son grand amour pour lui et sa foi en lui étaient un soulagement de la misèredue à la dénégation de son message par son peuple.

Devant la persistance d’Abou Talib à protéger le Prophète — paix et bénédictions sur lui —, les chefs de la Mecque choisirent un jeune homme beau et fort, répondant au nom de Imarah Ibn Al-Walid, et l’emmenèrent chez Abou Talib lui proposant de l’adopter : « Prends ce jeune homme et fais-en ton fils, et livre-nous ton neveu en échange. »

Il leur répondit : « Quel piètre marché me proposez-vous là ? Voulez-vous me donner votre fils afin que je le nourrisse pour vous, tandis que je vous donnerais mon fils afin que vous le molestiez ?! Cela n’arrivera jamais ! » Il s’en allèrent, ruminant leur colère.

 

Traduit de l’arabe du livre de Sheikh Yâsîn Rushdî, Fî Rihâb Al-Mustafâ (En Compagnie de l’Élu)

 

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